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News Environnement - Zoom

17/11/2009

La laborieuse gestation d'une gouvernance mondiale sur la sécurité alimentaire

Cette fois, pas d'objectif daté : les dirigeants réunis du lundi 16 au mercredi 18 novembre à Rome pour le sommet mondial sur la sécurité alimentaire se sont abstenus de fixer une date pour éradiquer la faim dans le monde, qui touche plus d'un milliard de personnes. Alors que les documents préparatoires évoquaient l'année 2025, la déclaration finale, adoptée lundi 16 novembre, se fixe comme objectif de "prendre aussitôt que possible des mesures pour éliminer durablement la faim".

Le texte, approuvé en l'absence de la totalité des chefs d'Etat ou de gouvernement du G8, à l'exception de l'Italien Silvio Berlusconi, se contente de rappeler les objectifs du millénaire, adoptés en 2000, à un moment où le monde comptait 800 millions de sous-nourris - réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d'ici à 2015 - sans toutefois donner de chiffres sur les investissements nécessaires pour y parvenir.

Le sommet de Rome acte toutefois le lancement d'un "partenariat mondial sur l'agriculture et la sécurité alimentaire", censé mieux coordonner les politiques de lutte contre la faim. "Pour la première fois, on ne réforme pas des bouts de gouvernance sur ces questions, on essaye de la construire", juge Ambroise Mazal, du Comité catholique contre la faim dans le monde (CCFD). Le problème est ancien. Etats, organisations des Nations unies, instances internationales comme la Banque mondiale ou l'Organisation mondiale du commerce, organisations non gouvernementales (ONG) : de nombreuses entités interviennent sur les questions agricoles ou alimentaires. Au risque de mener des politiques contradictoires ou de se faire concurrence.

Pas sans heurts

"Au Burkina Faso, l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) dépense davantage d'argent pour des aides d'urgence que pour ses missions traditionnelles d'expertise, explique Jean-Denis Crola, de l'ONG Oxfam. A l'inverse, le Programme alimentaire mondial (PAM, autre agence des Nations unies chargée des aides d'urgence) va vers des opérations d'appui des filières agricoles, en fournissant des outils, alors que ces politiques sont du ressort d'une autre entité de l'ONU, le FIDA."

Le "partenariat mondial", projet en jachère depuis plusieurs années mais relancé en juin 2008, doit permettre de mieux coordonner ces actions, en s'articulant autour de trois volets : politique, scientifique, financier. Le premier volet repose sur le Comité de sécurité alimentaire, sorte d'assemblée générale des 183 Etats membres de la FAO, dont l'élargissement aux organisations internationales et à la société civile vient d'être accepté. Le deuxième est basé sur la création d'un groupe d'experts chargé d'éclairer les décideurs. Reste le pilier financier, censé guider les fonds internationaux vers des projets et assurer le suivi des promesses.

Mais la création de ce "partenariat" ne se fait pas sans heurts. Les Européens souhaitent qu'il définisse une politique agricole globale, tandis que les pays anglo-saxons veulent le limiter à une coordination des actions sur le terrain. La FAO tente de garder la main sur le Conseil de sécurité alimentaire, tandis que certains auraient voulu le rattacher directement au secrétaire général des Nations unies pour le rendre plus efficace. Si la création du groupe d'experts a été approuvée à Rome, aucune date n'a été fixée pour son entrée en fonctionnement.

Clément Lacombe Le Monde.fr

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